La Commission européenne a reporté sine die mercredi sa décision d'autoriser ou non la culture de nouveaux organismes génétiques modifiés en Europe en demandant une nouvelle fois à l'Autorité européenne pour la sécurité alimentaire (EFSA) de réexaminer, après deux avis antérieurs favorables, leurs effets sur la santé et l'environnement.

"La Commission européenne continuera à appuyer ses décision sur la science, comme le recommande la législation", a indiqué mercredi le porte-parole de l'exécutif européen, Johannes Laitenberger, à l'issue d'un débat d'orientation organisé mercredi midi par l'équipe Barroso sur cet épineux dossier.

Vu l'impossibilité des Etats membres à se mettre d'accord sur plusieurs demandes d'autorisation, c'est à la Commission, conformément aux règles européennes, qu'il revient à chaque fois de trancher. Or, depuis des mois, la Commission est profondément divisée sur l'attitude à adopter.

Les trois principaux dossiers sur la table portent il est vrai sur des demandes non pas d'importation de nouveaux OGM en Europe, mais de mise en culture sur sol européen, soit les premières demandes de ce genre depuis la levée du moratoire européen sur le OGM, en mai 2004. A l'heure actuelle, une seule variété d'OGM, la maïs MON810, est autorisée à la culture sur le Vieux continent, essentiellement en Espagne et en France.

Ces demandes de mise en culture visent deux maïs génétiquement modifiés pour produire leur propre insecticide, le Bt11 de Syngenta et le 1507 de Pioneer, ainsi qu'une pomme de terre, l'Amflora, mise au point par BASF et modifiée afin de doper sa production d'amidon à des fins industrielles.

Sur base d'informations livrées par les producteurs, l'EFSA a déjà à deux reprises donné un avis favorable envers ces produits, alors que d'autres études indépendantes ont sérieusement mis en doute l'innocuité des maïs.

L'Organisation mondiale de la Santé s'est, elle, inquiétée de la présence dans la pomme de terre Amflora de gènes résistants à certains antibiotiques, ce qui, selon ses détracteurs, risque d'aggraver les problèmes grandissants de résistance aux antibiotiques constatés un peu partout dans le monde.

Face à ces avis contrastés, le commissaire en charge de l'Environnement, Stavros Dimas, avait préconisé en octobre dernier d'appliquer -pour la première fois dans l'histoire européenne- le principe de précaution prévu par la législation européenne sur les OGM, et de refuser l'autorisation aux nouveaux maïs, creusant ainsi un peu plus le fossé entre commissaires pro et anti-OGM au sein de la Commission Barroso.

Mardi, tout en confirmant sa "confiance dans la haute qualité des avis scientifiques de l'EFSA", l'exécutif européen a donc demandé à son agence "d'analyser les éléments scientifiques nouveaux" relatifs à ces différents produits. "Une décision sera prise lorsque l'EFSA aura confirmé la sécurité de ces produits", a ajouté M. Laitenberger.

Le report de toute décision confirme à l'évidence la malaise grandissant de la Commission européenne sur cette thématique, tiraillée d'un côté entre la pression des milieux industriels et des Etats-Unis qui pourraient à nouveau saisir l'Organisation mondiale du commerce (OMC) contre l'Europe, et de l'autre une opinion publique européenne majoritairement anti-OGM, comme le confirme à répétition les sondages d'opinion menés sur ces questions.

De plus, à l'heure où l'ensemble des pays européens sont en voie de ratification du Traité de Lisbonne, une relance dès à présent des autorisations de culture d'OGM en Europe n'aurait pas manqué de ranimer çà et là une rhétorique anti-européenne potentiellement dangereuse pour le traité réformé.

Dans un communiqué, l'organisation de défense de l'environnement Greenpeace, s'est félicitée de l'attitude de l'exécutif européen dans laquelle elle voit une "signe de défiance" envers l'EFSA, sous le feu des critiques des mouvements écologistes pour n'avoir jamais rendu un seul avis négatif envers les OGM, ainsi qu'un soutien à la position prudente défendue par le commissaire Dimas ces derniers sur ce dossier. (belga) 07/05/08 16h56

Source: http://www.7sur7.be/7s7/fr/1507/Sante/article/detail/268461/2008/05/07/L-Europe-decide-de-ne-rien-decider-sur-les-OGM.dhtml